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Leïla Medelsi | Source LE MONITEUR.FR


"Dans la vraie vie des non-logés", par Leïla Medelsi

Leïla Medelsi | 05/03/2009 | 11:27 | Profession

L'architecte DPLG Leïla Medelsi, installée dans le Gers, expose son point de vue sur la situation des "non-logés" en France. Il fait suite au texte de sa consoeur Cristina Conrad sur "la loi Boutin et le retour de la politique des modèles".

Dans la vraie vie, les "non-logés", par la défaillance du système de logement social français, habitent dans des conditions de vie aux limites de la dignité... Alors que des milliers de logements un peu vétustes ou simplement inoccupés car non-rentables sont laissés à l'abandon dans tous les centres urbains, quelle que soit leur importance... Alors que des milliers de logements finissent non-terminés par des sociétés en faillites ou des constructeurs en panne de liquidité... Alors que des emprises foncières raccordées/raccordables aux réseaux se transforment en terrains vagues, alors qu'elles pourraient contenir quelques dizaines de logements d'urgences modulaires tant qu'aucune opération de construction n'y est officiellement programmée... Alors que l'on voit bien que tout le secteur de la promotion immobilière privée est à l'agonie et que c'est bien lui qu'il s'agit de sauver.

Honte

Dans le même temps, nos concitoyens se retrouvent éventuellement réduits à dormir dehors ou à occuper des locaux dans des conditions plus que précaires pour notre grande honte, à nous, de vivre dans un pays qui refuse de se donner les moyens d'abriter les siens alors qu'il les a mille fois. Comment des opérations de partenariats entre propriétaires-bailleurs sociaux et candidats au logement ne sont-elles pas mises en place de façon innovante, systématique et formalisée (autoréhabilitation concertée, baux d'immeubles et gestion déléguée aux organismes sociaux, clauses fiscales incitatives etc.)? Comment alors peut-on oser, comme Mme Boutin, prendre la décision de flatter l'échine des grands groupes de constructeurs? Comment peut-on oser se soucier des impacts esthétiques ou paysagers d'une réforme qui ne prétend même plus résoudre les problèmes de logement des plus précaires d'entre nous, alors que ce n'est pas son réel objectif?

Honneur

Et l'impact humain, la perte de confiance, la précarité, la souffrance, la marginalisation des personnes en mal de logement dans tout cela? Rien n'empêchera des groupements d'architectes-PME-artisans-BET de candidater sur ces mêmes missions de conception-réalisation dans le respect de la diversité. Rien n'empêchera certains de travailler de manière douteuse et d'autre de manière honnête. Mais quels moyens financiers vont vraiment être mobilisés? Pourquoi le logement social devrait-il être "pas cher", alors que l'honneur d'un pays d'abriter ses ressortissants les plus démunis est en jeu?
C'est l'occasion de mettre en oeuvre des démarches exemplaires et démonstratives. Il faudrait optimiser les logements en termes de qualité environnementale, de passivité et de pérennité. Et aussi revoir quelques concepts comme: le logement à services communautaires, l'autoréhabilitation, l'accession très sociale, les micro-opérations, la rénovation ou réhabilitation d'immeubles encore viables, la préemption systématique des immeubles vacants depuis plus de deux ans, les fonds de garantie et de cautionnement, les fonciers non bâti temporairement mis à disposition, etc.

Urgence

Modifier seulement les procédures de commande publique existantes et garantes d'une transparence pour permettre l'adaptation d'une catégorie de l'immobilier marchand à la demande réelle ne résoudra pas le problème initial, dans un pays qui ne se donne pas les moyens financiers pour remplir son contrat social... Que doit-on faire? S'indigner de ce que l'un ou l'autre va avoir tout le gâteau et fabriquer du patrimoine de seconde classe? Ou bien trouver des alternatives sur le terrain de la production du logement social par les architectes eux-mêmes? Et les mettre en place localement partout, sur chaque emplacement disponible, les appliquer au quotidien de façon militante.
Il s'agit d'une urgence, certes, cependant toutes les forces perdent de vue leur objectif, leur devoir? Faire vite et bien pour abriter des personnes. Si l'on était honnête, la production de ces logements très sociaux devrait déjà dans les mains des étudiants en école d'architecture, qui restituent une production architecturale de fin d'études, un stage de chantier, des relevés, des DCE. L'urgence devrait justifier le travail des étudiants sur des projets réels et encadrés, et permettre à chacun de pouvoir acquérir les compétences et la réflexion sur le sujet, au lieu d'en faire le parent pauvre d'une formation bien souvent élitiste.

Droit

Chaque cité devrait disposer, en cas de vacance prolongée ou de parcelles en "terrain vague", d'un droit temporaire de réquisition réelle et encadrée. Ainsi, elle disposerait sur son territoire de solutions de logement d'urgence immédiates basées sur une volonté politique de logement social, et non plus sur des pratiques de marchands de biens. Il y a quelques jours, j'ai visité à Toulouse un immeuble occupé par le DAL et par une autre association militant pour le droit au logement nommée "La huttes aux piafs".
J'ai vu une trentaine de personnes s'entraider, produire elles-mêmes par le biais de la réquisition de l'autogestion et du système D les conditions de leur logement d'urgence en mois de deux mois et sans un sou. Ont été effectués : la mise en sécurité des bâtiments, la remise à niveau électrique, l'alimentation en eau, le chauffage, l'attribution des logements, les règles de vie de l'immeuble, l'entretien et la liste des travaux prévisionnels. Cela marche! C'est habitable, c'est plutôt propre, chaque logement est déjà agencé et décoré par son occupant avec les moyens du bord mais avec chaleur.

Priorité

Quel contraste avec ce dont il est question aujourd'hui. Quelle lourdeur alors qu'il s'agit simplement de se donner les moyens réels de faire, alors que tout un chacun est en mesure de constater que de telles solutions sont fonctionnelles à très court terme dans l'attente d'un rattrapage plus "réfléchi", et de le mettre en place partout et vite. A mon sens et je le répète: il n'y pas de place dans le débat pour des parties depuis longtemps en échec sur le logement social et très social si elle n'accordent pas le droit à la dignité, la parole et la priorité réelle aux futurs relogés et si elles ne font pas elles-mêmes le pas vers des pratiques différentes et opérantes.
Pour réagir, une adresse électronique : courrier.moniteur@groupemoniteur.fr




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