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                                                                                        Edition France Soir du mardi 9 décembre 2008

“En cinq jours, tout peut basculer”, Alain Duchêne

 

Face à l’afflux d’un nouveau type de population de sans-abri, la fondation de l'Armée du Salut a dû s’adapter, notamment en ce qui concerne l’accueil des personnes en détresse.

Quand le président de l’Armée du salut parle d’une « population très abîmée », ce n’est plus en référence à l’image que l’on se faisait, il n’y a encore pas si longtemps, des SDF. Ces hommes sans âge, au regard perdu, le visage mangé par la barbe, le litron à la main, avachis sur une couverture sale, le chien en guise de toute famille. Une caricature des rues aujourd’hui largement dépassée. « Auparavant, il y avait beaucoup d’hommes, de la quarantaine, rapporte Alain Duchêne, maintenant toutes les couches sociales sont représentées : des jeunes, des femmes avec enfants, des personnes âgées, des familles entières. Il faut aussi prendre en compte les travailleurs pauvres. » Avec ses 350 places d’hébergement réparties à travers toute la France et ce nouvel état des lieux en matière de précarité, l’Armée du salut a dû s’adapter. D’abord par la mise en place de structures appropriées, mais aussi et surtout dans son approche des personnes touchées par l’extrême pauvreté.

Bateau et nourriture. Attendus à Paris dans le courant du premier trimestre 2009, un bateau sur la Seine et une épicerie alimentaire accueilleront « dans des conditions dignes » des personnes vivant dans la rue, et ce compte tenu d’« une demande accrue en nourriture ».

Manque d’hygiène et peur. Alain Duchêne le voit chaque jour : « Tout peut basculer très rapidement. C’est la fragilité de l’homme. Au bout de quatre-cinq jours se posent les problèmes d’hygiène, des toilettes ; on ne dort plus ; c’est la perte des repères et la peur. Sans parler des causes qui conduisent les personnes à la rue, souvent liées à des ruptures familiales. » Le président de la fondation plus que séculaire insiste : « Ce ne sont pas que des mots, ce sont des réalités. Ce ne sont pas seulement des mots pour le dire. » Face à ce douloureux constat, l’Armée du salut redouble d’effort pour rétablir le lien humain avec celles et ceux qui ont perdu le contact avec eux-mêmes.

Parole, regard, honte. Les personnes ne parlent plus. Le petit carton, posé à leurs pieds, met en scène d’improbables contacts. « La dignité passe par la parole et le regard ; ils quémandent des sourires, c’est fort, insiste Alain Duchêne. Je me suis vu aller vers une personne qui avait complètement perdu l’usage de la parole.

Cela a duré des semaines. Chaque jour, je revenais vers elle jusqu’au jour où elle a prononcé un mot. » Ce défaut de communication a également évolué. Selon le président de l’Armée du salut, notre propre regard a changé sur les sans-abri. « Les gens se sentent de plus en plus concernés, car ils savent que cela peut aussi leur arriver. D’où parfois ce sentiment de honte que l’on éprouve en croisant le regard de la personne qui est assise parterre. »

Besoins primaires. Avant même de parler d’insertion sociale, l’urgence, c’est l’instant présent. « Le pain, la tasse de café, le regard ; ce sont des besoins primaires. » Une fois passé ce cap, se met alors en place le travail d’accompagnement, si difficile à évaluer. « Notre centre d’accueil de jour, situé dans une ancienne station de métro, devant le théâtre Saint-Martin, à Paris, retrace le parcours d’un SDF, depuis le départ jusqu’à l’arrivée, précise Alain Duchêne. Nous faisons appel à des coiffeurs, à des éducateurs, à des travailleurs sociaux. C’est un travail formidable qui est fait là-bas et parfois une personne revient nous voir, généralement donatrice, souvent des années plus tard, pour nous remercier de l’avoir aidée. »

L’Armée du salut est née en 1865 sous l’impulsion de William Booth. Au 60, rue Frères-Flavien, 75976 Paris Cedex, tél. : 01.43.62.25.00.
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